Le cloître de Notre-Dame du Bec - Le Bec-Hellouin (Eure)

 


Il y a un peu plus de trois mois, je vous racontais l'histoire de l'abbaye aux Hommes de Caen. Fondée par le duc Guillaume, elle fut confiée à un certain Lanfranc, théologien érudit, ancien prieur et écolâtre de l'abbaye du Bec, qui deviendrait plus tard archevêque de Canterbury. 

Une petite centaine de kilomètres à l'est de Caen, l'abbaye Notre-Dame du Bec a été fondée quelques décennies plus tôt, en 1034, par un ancien chevalier devenu ermite puis moine à la suite d'un vœu. Herluin, dit aussi Hellouin, qui donnera son nom aux lieux, n'avait initialement rien d'un érudit. Sous son abbatiat se développe pourtant une des plus importantes écoles monastiques du temps, créée en 1045 par le fameux Lanfranc, originaire de Pavie, qui conservera jusqu'au bout des liens étroits avec le Bec. Le successeur d'Herluin succèdera d'ailleurs à Lanfranc à l'archevêché de Canterbury.

Aujourd'hui encore, la prestigieuse cathédrale anglaise devenue anglicane et la petite abbaye normande bien abîmée par le temps conservent des liens privilégiés, renforcés en 2007 par une charte œcuménique. 

Des bâtiments médiévaux, il ne reste aujourd'hui plus grand chose : l'ancienne porterie, par laquelle on entre toujours sur le site, et l'imposante tour Saint-Nicolas, unique vestige de l'abbatiale reconstruite au XVe siècle après les ravages de la guerre de Cent Ans. 


Saccagée pendant les guerres de Religion, l'abbaye est abandonnée jusqu'à ce que la congrégation bénédictine de Saint-Maur entreprenne sa restauration au début du XVIIe siècle. C'est de cette époque que date le cloître, alors que le reste des bâtiments conventuels est rebâti au XVIIIe siècle par Louis de Bourbon-Condé, nouvel abbé commendataire et prince de sang. 



La Révolution, à son tour, n'est pas tendre pour l'abbaye. Pillée, dégradée, elle devient caserne de cavalerie. Le renouveau ne vient qu'en 1948 : l'ensemble des bâtiments est classé monument historique, des travaux de restauration sont entrepris et une communauté bénédictine choisit de s'y installer pour y restaurer la vie monastique. Elle y a développé un petit atelier de faïences artisanales, et des liens nombreux avec d'autres communautés religieuses - anglicanes, protestantes, orthodoxes et juives.

Ce 27 juin 2025, c'est un moine vieillissant et plein d'humour qui mène la visite guidée, nous ouvre les portes de ce joli petit jardin clos aux galeries d'influence italienne. La pierre accuse le passage du temps, garde les vestiges de vieux enduits pas très gracieux, se marbre d'une humidité que l'on écarte comme on peut avec un bricolage de longs chéneaux étirés jusqu'aux pelouses. Là au-dessus, s'ouvrent les fenêtres de la bibliothèque, reconstituée à la renaissance de l'abbaye. 







La porte qui donnait autrefois du cloître vers l'abbatiale, désormais détruite, a conservé son décor médiéval.


De l'autre côté des murs, s'étire un grand parc plein de charme, traversé d'un ruisseau (le bec d'Hellouin) et ouvert sur les champs alentour. 



C'est une bien jolie vallée, pour venir se retirer du monde.


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Visite le 27 juin 2025




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