Le cloître de l'abbaye de la Chaise-Dieu (Haute-Loire)

 


Maison mère de la congrégation casadéenne, qui compta une dizaine d'abbayes et plus de 300 prieurés à travers l'Europe, aujourd'hui siège d'un célèbre festival de musique classique, la Chaise Dieu est un gros morceau, dont la visite se révèle passionnante.

C'est Robert de Turlande, cadet d'une noble famille auvergnate, qui fonde l'abbaye en 1043. 

Je ne résiste pas à faire ici un petit aparté sur Turlande, visité quelques jours plus tôt. A la frontière entre Cantal et Aveyron, le site est superbe : un éperon rocheux dominant la Truyère, véritable nid d'aigle que couronnait autrefois un château, fief de la famille de Robert. Démantelé pendant les guerres de religion, il n'en reste aujourd'hui que la chapelle castrale du XIIIe siècle... et la beauté du paysage.



Mais revenons-en à notre abbaye. 

Son succès est immédiat : en 1067, à la mort de Robert (qui sera canonisé trois ans plus tard), elle compte déjà 300 moines et s'apprête à devenir l'égale auvergnate de Cluny. Elle bénéficie des donations de plusieurs grandes familles et reçoit la visite de plusieurs papes... jusqu'à ce qu'en 1342, Pierre Roger, ancien moine de la Chaise-Dieu, devienne pape à son tour sous le nom de Clément VI.  

Soucieux du prestige de son ancienne maison, il fait détruire l'ancienne église romane et finance la construction de la nouvelle abbatiale, dans laquelle il se fera inhumer. Son tombeau est toujours là, au centre du chœur monastique.



L'abbatiale abrite aussi une danse macabre datée de 1470 - une des très rare qui subsistent encore en France - un crayonné gris sur fond ocre, d'une merveilleuse richesse de détails et de vivacité.


Parmi les autres merveilles de l'abbaye, on compte aussi un ensemble de 14 tapisseries commandées au début du XVIe siècle à un atelier flamand pour orner le chœur des moines.



Après le concordat de Bologne, en 1516, l'abbaye passe sous le régime de la commende, qui autorise le roi à nommer les abbés. La Chaise-Dieu devient une récompense prestigieuse pour des hommes plus préoccupés de politique que de l'abbaye elle-même, notamment Richelieu (qui rattache l'abbaye à la communauté Mauriste) et Mazarin.

En parallèle, les guerres de religion apportent leur lot de désordres et de destructions : en 1562, les moines doivent se réfugier dans la tour Clémentine, construite une centaine d'années plus tôt, lorsque les Huguenots envahissent les lieux (on l'aperçoit en arrière-plan sur la photo ci-dessous).


Dernière célébrité à mentionner : le cardinal de Rohan, exilé à la Chaise-Dieu pendant trois mois et demie, après l'affaire du Collier de la reine. 
Vient ensuite la Révolution, qui entraîne la fermeture de l'abbaye en 1790. La communauté se disperse, le dernier prieur devient maire et organise la répartition de la bibliothèque entre l'évêché de Saint-Flour et la mairie de Brioude.

En 1820, l'église abbatiale devient église paroissiale. Mérimée, qui visite les lieux en 1837, les fait inscrire dix ans plus tard à l'une des premières listes des monuments historiques.
Des travaux de rénovation commencent alors à y être réalisés.


De tous les trésors que renferme cette immense abbaye, le cloître n'est sans doute pas le plus remarquable. Edifié à la fin du XIVe siècle à la place d'un ancien cloître roman, il a été victime d'un incendie peu avant la Révolution, puis de négligence et de vandalisme au cours du XIXe siècle. Il ne conserve aujourd'hui que deux galeries d'un gothique tardif assez sobre et élégant, autour d'un carré de gazon qui gagnerait à être agrémenté de quelques arbres ou massifs. 






Le festival de musique de la Chaise Dieu y a été créé en 1966 sous l'impulsion de Georges Cziffra, pianiste hongrois tombé en admiration devant l'orgue de l'abbatiale, dont le mécanisme est alors en ruine et qui devra être restauré.


En 1984, une petite communauté des Frères de Saint-Jean rétablit la vie religieuse à l'abbaye, qui s'unit désormais à une vie culturelle dynamique.



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Visite le 31 octobre 2025




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