Le cloître de l'abbaye de Noirlac - Bruère-Allichamps (Berry)



Noirlac : c'est de ces noms qui suffisent à plonger dans l'ambiance d'un roman médiéval, superstitions inquiètes au bord d'un étang aux eaux lourdes de secrets engloutis. 

L'histoire de l'abbaye est certes moins romanesque, et l'étang qui lui a donné son nom à la fin du XIIIe siècle est aujourd'hui disparu, mais les lieux ont conservé un charme profond qui incite à la méditation et à la créativité. 


C'est en 1136 qu'un petit groupe de moines venus de l'abbaye de Clairvaux, en Bourgogne, fonde cette nouvelle Maison-Dieu dans une zone marécageuse appartenant au seigneur Ebbes V de Charenton, une quarantaine de kilomètres au sud de Bourges. Comme souvent, ils sauront transformer la terre inhospitalière en un lieu accueillant, même si la vie y fut longtemps austère, conformément à la règle cistercienne en vigueur. 


Les bâtiments sont disposés autour du cloître, dont la forme actuelle remonte aux XIIIe et XIVe siècles. Remarquablement bien conservés, ils témoignent de l'organisation de la vie monastique. 
L'église abbatiale, au nord, se prolonge à l'est par le bâtiment des moines, avec sa salle capitulaire. A l'étage, les dortoirs ont été remplacés, au XVIIIe siècle, par une série de petites chambres lambrissées, bien plus intimes et confortables. 





L'aile sud abrite le réfectoire, et à l'ouest, un peu à l'écart, le bâtiment des convers conserve un beau cellier voûté et une somptueuse charpente apparente sous laquelle des chaises longues invitent à la contemplation. C'est aussi beau qu'une forêt !


Comme beaucoup d'abbayes, Noirlac connait son apogée au XIIIe siècle avant de subir les conséquences de la guerre de Cent Ans qui marque le début d'un long déclin. Aux bandes armées, succèdent les effets de l'abus de richesses, des dissentions internes, puis c'est au tour de la Fronde d'apporter ses ravages. Le Grand Condé et les troupes royales s'affrontent pour la forteresse de Saint-Armand Montrond, tout près de là, prennent et reprennent l'abbaye qui subit au passage de nombreuses dégradations. 


Les lieux sont restaurés au cours du XVIIIe siècle : en 1766, l'abbaye a retrouvé un état matériel satisfaisant, mais n'abrite plus que 5 religieux. A la Révolution, elle est vendue comme bien national à un particulier qui en fait sa résidence secondaire, puis en 1822 un certain Hall la rachète pour en faire une manufacture de porcelaine, dont les installations vont à nouveau dégrader les bâtiments.




A partir de la fin du XIXe siècle, plusieurs campagnes de restauration entreprennent de rendre à Noirlac son visage originel. Elle servira encore de colonie de vacances pour les petits chanteurs à la croix de bois, puis de camp d'internement pour les réfugiés espagnols de la guerre civile et d'hospice pour les vieillards de Saint-Armand de Montrond.  Un grand chantier de restauration est lancé entre 1950 et 1980, et en 2008, l'établissement devient centre culturel de rencontre, dédié au patrimoine et à la création artistique.

L'aménagement des jardins est confiée à Gilles Clément, qui crée au centre du cloître un paysage en forme de ciel, nuages mouvants semés de fleurs bleutées.




Dans le parc, une allée de tilleuls bicentenaires offre à la flânerie une autre longue galerie voûtée, qui complète le jeu des correspondances entre architecture et nature.




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Visité le 24 octobre 2025









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