San Giovanni Degli Eremiti - Palerme (Sicile)
Si c’est en Espagne que les Arabes ont laissé l’héritage le plus spectaculaire de leur passage en Europe, la Sicile recèle aussi quelques bijoux plus discrets influencés par leur présence. L’église San Giovanni Degli Eremiti de Palerme, avec ses coupoles rouges et son petit cloître-jardin ombragé, est l’un d’entre eux.
En Sicile, maintes fois colonisée, les influences sont multiples. Les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois, les Romains y laissent tour à tour leurs traces, puis les Vandales, les Ostrogoths et Byzance, qui occupe l’île pendant deux siècles jusqu’à ce que les Arabes entrent en scène. Palerme est prise en 831 avec l’aide de l’émirat de Cordoue, et au bout d’un siècle et demie de conquête, toute l’île passe sous domination musulmane.
Fragilisés par des crises politiques, les Musulmans sont à leur tour remplacés par une dynastie de mercenaires normands, les Hauteville. Une fratrie de petits hobereaux sans fortune, partis tenter leur chance à travers la Méditerranée où ils multiplièrent les conquêtes.
Le comte Roger achève celle de la Sicile en 1090, puis son fils, Roger II, fonde le royaume de Sicile en 1130.
Admirateur des cultures musulmane et byzantine, il opère un brassage culturel assez unique à l’époque, qui ne durera pas mais offre à l’île quelques décennies de tolérance et des œuvres d’art magnifiques.
C’est de cette époque que date la fondation de Saint-Jean-des-Ermites, non loin du palais royal de Palerme. Son origine remonte au VIe siècle, un monastère bénédictin détruit à l’époque musulmane puis réédifié en 1132, au tout début du règne de Roger II, et donné cette fois à l’ordre de Montevergine.
A l’origine, il est dédié à saint Jean l’Evangéliste, puis le nom évolue curieusement. Tout près de là, un ancien lieu de culte à Mercure - l’Hermès des Grecs - a été christianisé en oratoire de san Mercurio. Mercure / Mercurio, Hermes / Ermete, et de là glissement vers les ermites - Eremiti - même s’il n’y en eut probablement jamais en ce lieu.
L’église a la forme d’une croix de Saint-Antoine, avec une nef composée de deux travées carrées, et un transept en trois parties, également carrées, dont le clocher sur la gauche. Chaque cube est surmonté d’un dôme rouge, dans un rapport de formes hérité de l’architecture arabe. Très dégradé au fil des siècles, l’ensemble a été restauré en 1880 par Giuseppe Patricolo, architecte palermitain à qui le patrimoine local doit beaucoup.
Le cloître est l’élément le mieux préservé de l’ancien monastère. Avec ses colonnes géminées aux chapiteaux ornés de feuilles d’acanthes, ses arcs légèrement brisés, il date probablement de la fin du XIIIe siècle.
Entouré d’un petit jardin luxuriant, il forme un véritable havre de paix et de fraîcheur en plein cœur de la ville. J’y aurais bien passé des heures, posée à l’ombre sur une margelle de pierre, à contempler la simple perfection des grenades dégorgeant leurs rubis sur le bleu intense du ciel.
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