Santa Maria Nuova - chiostro del Duomo - Monreale (Sicile)

 


Après le joli cloître-jardin de Saint-Jean-des-Ermites, restons dans l’architecture arabo-normande sicilienne… mais dans une toute autre dimension ! Une petite dizaine de kilomètres au sud-ouest de Palerme, la ville de Monreale abrite l’un des plus beaux chefs-d’œuvre du genre : la cathédrale Santa Maria Nuova, édifiée à partir de 1172 sous le règne de Guillaume II, petit-fils de Roger II et troisième roi normand de Sicile.




Si l’on en croit les récits d’Ibn Jaybar, voyageur et écrivain originaire d’Al-Andalus, les Musulmans ont encore une influence notable à la cour de Guillaume, qui lit et écrit lui-même l’Arabe. Toutefois, c’est plutôt l’influence byzantine qui s’affirme dans la nouvelle cathédrale, aux murs intérieurs couverts d’extraordinaires mosaïques dorées : un Christ Pantocrator dominant tout l’édifice du haut de l’abside, une cour de saints, d’évangélistes et d’archanges, des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament tout le long de la nef.

Le résultat, très spectaculaire, rappelle Sainte-Sophie de Constantinople ou Saint-Marc de Venise, toutes deux plus anciennes de plusieurs siècles.








Peut-on imaginer là une revanche artistique contre l’empereur Manuel Comnène, qui avait proposé à Guillaume la main de sa fille avant de se rétracter ? Le roi de Sicile en aurait gardé un solide ressentiment à l’égard de Byzance, contre laquelle il entrera en guerre quelques années plus tard.

Toujours est-il que la nouvelle cathédrale a pour vocation de devenir la nécropole des rois normands de Sicile : Guillaume Ier y est transféré en 1185, avec son troisième fils et son épouse Marguerite de Navarre, Guillaume II les y rejoint en 1189, alors que Roger II, le fondateur du royaume, reste inhumé dans la cathédrale de Palerme. 


A peine un siècle plus tard, alors que la Sicile est passée très temporairement aux Français, Charles d’Anjou fait inhumer à Monreale les entrailles et les chairs de son frère, Saint-Louis, mort à la huitième croisade, dont les ossements soigneusement nettoyés poursuivent le voyage vers la France.


Pour veiller sur ces morts, il faut des hommes de prière. Tout contre la cathédrale, un monastère bénédictin est fondé. Il n’en subsiste aujourd’hui que le cloître, vaste carré de 47 mètres de long où l’on retrouve les mosaïques, plus discrètes, plus simplement décoratives, relevant d’un éclat de pourpre et d’or les colonnes de la galerie. Groupées par deux ou même par quatre, celles-ci sont en tout 228 : une véritable forêt de pierre supportant tout un univers taillé dans les chapiteaux. Scènes bibliques et laïques, créatures étranges, motifs hérités de l’Antiquité… 












Ici, la scène légendaire de la fondation de la cathédrale. Endormi sous un caroubier alors qu’il chassait dans les bois de Monreale, Guillaume II vit apparaître la Vierge en songe. “Là où tu t’es endormi, se cache le plus grand trésor du monde, lui dit-elle. Déterre-le, et construis un temple en mon honneur.”

Sous les racines du caroubier, un monceau de pièces d’or fut en effet découvert, et immédiatement consacré à la construction du Duomo.











A l'angle sud du cloître, un enclos carré abrite une fontaine, où l'eau jaillit du haut d'une colonne richement sculptée.



A l'angle sud du cloître, un enclos carré abrite une fontaine, où l'eau jaillit du haut d'une colonne richement sculptée. Plusieurs colonnettes de l’enclos, côté jardin, ont également reçu un décor particulièrement raffiné.











Si la cathédrale reçut quelques ajouts ultérieurs, notamment à l’époque baroque - la chapelle du Crucifix est une splendeur du genre - le cloître a conservé la pureté architecturale de ses premiers temps. 

En 1483, avec trois autres établissements bénédictins (San Placido Calonerò à Messine, San Nicolò l'Arena à Catane et Santa Maria di Licodia), le monastère constitue la congrégation des monastères de saint-Benoît en Sicile, qui au début du XVIe siècle rejoint la congrégation cassinaise.



Plusieurs voyageurs célèbres, dont Goethe et Swinburne, visitèrent les lieux. En 1972, Franco Zeffirelli y plaça la scène finale de son film sur François d’Assise, Fratello sole, sorella luna. Et en 2015, avec la Palerme arabo-normande et la cathédrale de Cefalù, le Duomo de Monreale est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO selon ces termes :

“Ensemble, ils illustrent un syncrétisme socio-culturel entre les cultures occidentales, islamique et byzantine de l’île qui fut à l’origine de nouveaux concepts d’espace, de construction et de décoration. Ils témoignent également de la coexistence fructueuse de peuples d’origines et de religions diverses (musulmanes, byzantines, latines, juives, lombardes et françaises).”

Palerme arabo-normande et les cathédrales de Cefalú et Monreale - UNESCO World Heritage Centre


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Visité le 24 septembre 2022


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