Le cloître de l'abbaye de Royaumont (Val d'Oise)

 


Royaumont, ce fut un peu l'enfant chéri et le refuge sacré de Saint-Louis. 
Il n'a encore que 14 ans lorsque, conseillé par sa mère, il en décide la fondation et l'attribue à l'ordre cistercien. Blanche de Castille elle-même fonde peu après deux abbayes du même ordre, Maubuisson (devenue centre d'art contemporain) et le Lys (aujourd'hui en ruine).
Entre 1228 et 1234, il en surveille attentivement la construction, allant jusqu'à aider les artisans pour porter les pierres et le mortier. Le chantier ne dure que sept ans et engage une somme colossale, équivalent environ au tiers des revenus des revenus annuels de la monarchie. Le roi accorde en outre à l'abbaye une rente conséquente pour l'entretien d'au moins 60 moines, ainsi que de nombreux dons en argent, en terres et en droits. Tout au long de sa vie, il y fait de fréquents séjours, participant à la vie monastique dans un esprit d'humilité. Il choisit aussi l'abbaye comme lieu de sépulture pour les enfants de la famille royale morts en bas âge.

Entre 1255 et 1264, loge aussi à l'abbaye Vincent de Beauvais, précepteur des enfants royaux et auteur d'une encyclopédie des connaissances du temps, le Speculum Maius ou Grand Miroir, auquel les moines de Royaumont ont très probablement participé. 


Après la mort de Saint-Louis, l'abbaye continue à vivre dans son aura, bénéficiant notablement de sa canonisation en 1297. Son apogée s'étend jusqu'au milieu du XIVe siècle, puis le déclin s'amorce avec la guerre de Cent Ans. Rançonnée par les Navarrois, Royaumont achète un temps la protection des Anglais, mais en 1400, l'abbatiale est quasi en ruines et le nombre des moines a considérablement chuté. Qui plus est, ils tendent à s'installer où bon leur semble, dans des bâtiments privés ou des forteresses, plutôt qu'à l'abbaye. Malgré les tentatives de réforme, les mœurs ne cessent de se dégrader. Pour couronner le tout, en 1473, la foudre s'abat s'abat sur l'église, qui brûle en partie.


Une brève renaissance survient au début du XVIe siècle, avec le dernier abbé régulier de Royaumont, Guillaume III Sallé de Bruyères, qui parvient à à lui faire retrouver sa réputation perdue. Mais l'instauration du régime de la commende, en 1549, appelle une succession d'abbés très peu concernés par les lieux, qui se dégradent à nouveau. Une exception : Philippe Hurault, tout jeune abbé de 17 ans, qui rend à Royaumont une administration digne de ce nom.

Arrive ensuite un temps de faste très peu monastique. En 1659, Henri de Lorrraine-Harcourt se retire à Royaumont, où il mène une vie de grand seigneur. Son tombeau, du meilleurs style baroque, est toujours visible dans le réfectoire des moines. 
En 1760, la foudre tombe à nouveau sur l'abbaye : l'église, intégralement détruite, doit être à nouveau reconstruite. A l'aube de la Révolution, le dernier abbé de Royaumont mène une vie très séculière à Versailles, dans l'entourage des Polignac. Il fait néanmoins édifier un nouveau palais abbatial néoclassique, inspiré du Petit Trianon, qui ne sera achevé qu'au siècle suivant. Par ailleurs, la dizaine de moines qui restent en poste se sont très largement affranchis de la règle cistercienne. 


En 1790, la moitié des moines rejoint l'abbaye des Vaux-de-Cernay, dans les Yvelines, quand certains choisissent le retour à à la vie civile. L'année suivante, les bâtiments sont vendus comme bien national : acquis par le marquis de Travanet, ils sont bientôt transformés en filature de coton. Les canaux qui irriguent le parc, et drainaient auparavant les eaux usées de l'abbaye, sont utilisés pour alimenter deux roues hydrauliques.


L'église est démolie, ses pierres réutilisées pour construire les logements des ouvriers. Seule une tourelle résiste, tenue par un escalier en colimaçon qui la rend trop difficile à abattre. Elle pointe toujours aujourd'hui au-dessus des ruines de l'ancienne abbatiale, très romantique dans son parc à l'anglaise.


Revendue en 1815 à un industriel belge progressiste, Joseph Van der Mersch, l'usine fonctionne jusqu'en 1863. L'année suivante, l'abbaye retrouve sa vocation religieuse avec la congrégation des oblats de Marie-Immaculée, puis les Sœurs de la Sainte-Famille qui en font leur noviciat et y mènent une campagne active de rénovation, s'attachant à restituer les bâtiments selon leur plan d'origine. Des ajouts de style néogothique sont néanmoins réalisés. C'est à cette époque, entre 1869 et 1905, que Royaumont prend l'aspect qu'elle a conservé aujourd'hui, avec ses fenêtres trilobées et ses vastes salles voûtées où l'on peut encore se croire au Moyen-Age.


En 1905, l'abbaye est achetée par la famille Goüin, qui la préserve de nouvelles destruction. En 1914, les lieux sont mis à la disposition de la Croix-Rouge. L'hôpital militaire qui y ouvre alors est tenu par une association féministe écossaise, avec un personnel quasi exclusivement féminin (médecins inclus, ce qui est une révolution pour l'époque) et des méthodes innovantes. 
A sa fermeture en 1919, le Scottish Women's Hospital aura soigné près de 11 000 blessés, avec un taux de mortalité bien inférieur à la plupart des hôpitaux militaires du temps. 

Dans les années 1930, Henry et Isabel Goüin, passionnés de musique, font de l'abbaye un foyer pour artistes. Fermé pendant la Seconde Guerre mondiale, il rouvre à la Libération et diversifie ses activités pour devenir le "Cercle Culturel de Royaumont", fréquenté notamment par Ionesco, Nathalie Sarraute, Robbe-Grillet...
En 1964, est créée la Fondation de Royaumont, à vocation philanthropique, qui devient propriétaire des lieux. Aujourd'hui, ses activités se sont recentrées autour de la musique et de la danse, en partie financées par un complexe hôtelier et des activités d'événementiel.


Malgré les aléas de l'Histoire, son apparence médiévale est remarquablement préservée - ou restaurée. Avec son jardin à la française, son petit bassin octogonal où viennent se refléter les fenêtres rondes de l'ancienne abbatiale, ses larges galeries paisibles décorées de faisceaux de colonnettes en bouquets, le cloître est un lieu de paix particulièrement agréable. 











A noter : les résidents de l'hôtellerie (ouverte seulement le samedi en été) peuvent profiter du cloître jusqu'à minuit. J'avoue être très tentée de m'y offrir une soirée !


Visite le 18 janvier 2026 
(après une première découverte plus rapide en juin 2008, dont je gardais un excellent souvenir mais de très médiocres photos)






Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le cloître de l'abbaye de Noirlac - Bruère-Allichamps (Berry)

Le cloître de Notre-Dame du Bec - Le Bec-Hellouin (Eure)

Le cloître de l'abbaye de la Chaise-Dieu (Haute-Loire)